Foundation

Artiste: Max Keene
Dates : Du 29 janvier au 7 mars, 2026
Vernissage : le jeudi 29 janvier, de 17h à 19h
Lieu : Pangée, 1305 ave des Pins O., Montréal

  • Le travail de Max Keene relève du processus : enduire, dessiner, imprimer, retourner, teinter, pivoter. Dans un atelier situé au sous-sol, une routine méthodique et structurée de rafistolage prend forme, une enquête alimentée aux tasses de thé, sur les matériaux et les textures de cet espace, ses tuiles à motifs, son ciment fissuré, ses panneaux de bois et ses tuyaux apparents. Parfois, le travail s’apparente à une invitation. Souvent je me retrouve à jeter un coup d’œil à l’intérieur comme je le ferais en marchant dans la rue, remarquant une ombre qui se déplace derrière une fenêtre éclairée. Une bande sonore y est impliquée, combinant le ronronnement réconfortant de la fournaise, des pas réguliers au-dessus de nos têtes, l’eau qui s’engouffre dans les tuyaux.

    Dans Foundation, deux personnages posent au bord de la pièce, leurs corps étant faits de tuyaux et de stucco. Sur les murs, de grands cyanotypes servent de fond à des dessins sur cellulose. Des pavés, des as et des piques se mêlent en cascade, superposés à des silhouettes constituées de courroies de transmission. Cette superposition, d’un dessin sur cellulose placé sur un fond, fait écho à une autre pratique procédurale : le dessin d’animation à la main. À l’instar de celui de l’artiste, le processus de l’animateur commence par un storyboard, quelques croquis préliminaires et une timeline. Pour Keene, il s’agit de se rappeler de mélanger l’émulsion, de tester la mousseline, de blanchir le cyan et de teindre à l’aide de café instantané. C’est un travail de répétitions et de manipulations, de centaines de gestes décomposés en détail.

    Dans cette exposition, Keene continue de construire son propre monde, fait de systèmes interconnectés de poulies et de tuyaux, de réverbères et de prises électriques, de pavés et de plinthes. Une collection de pièces de monnaie fantaisie, un ensemble de lampes UV ainsi que des oeuvres en devenir, collées à même le mur, constituent les fondations de cet univers. Si une partie du travail de Keene porte sur le processus, sur le fait de sonder les matériaux qui nous entourent, l’autre partie porte sur la joie de l’investigation. L’humour dans le travail de Keene rend cette joie évidente, comme l’apparition de motifs ludiques tout comme les postures de ses sculptures – sont-elles assises ? tombantes ? fondantes ? Cette expérimentation enjouée rappelle les explorations photographiques de Sigmar Polke. En alchimiste, il se délectait de détourner les procédés photographiques, laissant souvent les expériences chimiques au hasard. Il était autant question du processus que du résultat.

    Les œuvres de Foundation encouragent l’appréciation des matériaux de tous les jours, de la beauté de l’omniprésent. Des tuyaux et des poulies ordinaires prennent vie. Les textures sont imaginées à nouveau. Si les œuvres sont statiques, du mouvement y est implicite. Tout est bourdonnement: il est à la fois artiste, animateur et alchimiste. Des traces de son processus, de ses manipulations et de ses explorations subsistent pour l’œil curieux. Assis dans son atelier, à la lueur des UV, l’enthousiasme est palpable. Au sous-sol, il se trame toujours quelque chose.

    — Texte par Kate Nugent

Photos par Atlas documentation