Gather

Artistes : Russell Banx, Catherine Desroches & Jennifer Rose Sciarrino
Dates :
Du 13 novembre au 20 décembre, 2025
Vernissage : le jeudi 13 novembre, de 17h à 19h
Lieu : Pangée, 1305 ave des Pins O., Montréal

  • De temps en temps, j’éprouve le besoin de toucher le tronc d’un arbre. De sentir la texture de son écorce et la stabilité de ses racines. Un geste affectueux et impulsif, qui m’apaise. Tout comme l’arbre, moi aussi, je peux me grounder et grandir, encore et encore. Rassembler (Gather) met en conversation Russell Banx, Catherine Desroches et Jennifer Rose Sciarrino autour des interconnexions sensibles et des seuils poreux entre les mondes humain et naturel. Leurs contributions annoncent une conscience collective élargie et une forme de communion. Paume contre l’écorce.

    Les dessins de Banx, réalisés au graphite sur panneaux de gesso, représentent des figures humaines en totale immersion avec leur environnement. Dans Climber (tous 2025), deux grimpeurs s’accrochent aux branches d’un arbre afin d’emprunter la perspective de la lune. L’un des protagonistes, tenant tendrement une fleur à la main, traverse d’un paysage à l’autre. On l’aperçoit en mouvement dans Drumlin pour ensuite le retrouver assoupi dans Daisy. Finalement, dans Moth, tandis que la flore s’incurve pour les écouter, on le voit pensif, en dialogue avec un papillon de nuit. Avec cette nouvelle série, Banx transpose l’introspection affective de ses œuvres antérieures à une conscience et une curiosité écologiques plus vastes. Son crayon épouse le désir de se lier émotionnellement à un monde transcendant, rempli de bonnes intentions, de soins et d’attentions, qui, à son tour, renforce nos environnements intérieurs et extérieurs.

    Pour Desroches, dessiner est un acte d'attention aimante et consciente envers l'immensité du vivant, où l’imagination devient une éthique capable d’engendrer une relation sensible à son environnement immédiat et une meilleure compréhension de son rôle au sein de celui-ci. Son travail vise une interconnexion entre l'esprit, le corps et le paysage, une dynamique qui tente d’ancrer la mémoire personnelle dans une mémoire collective plus vaste, ancienne et tellurique. Ce sentiment de force enracinée et de tendresse traverse ses œuvres, perceptible dans les regards et les gestes doux de Lune du Castor (tous 2025), L’œil du printemps ou dans la toison protectrice de ta propre médecine. Les scènes semblent intemporelles, voire hors du temps, mais toujours ancrées dans une certaine terrestrialité, correspondant à la conviction de Desroches selon laquelle l’énergie est une grande mémoire qui laisse ses marques dans la matière vivante.

    Pour Sciarrino, c’est la recherche même de ces marques qui anime sa série buoy (2021). Dans chaque panier de mailles sont rassemblés des groupes de roches provenant de l’Ontario, d’âges et de mémoires géologiques variés, faisant écho à Êtres au Monde de Desroches. Sciarrino a sculpté chacune d'elles jusqu'à révéler la forme et la structure de la levure. La levure, organisme unicellulaire, est abondante dans la nature, dans les mutations et dans ses interactions avec les humains, de l'alimentation aux infections, révélant les limites des tentatives humaines de contrôle. Dans buoy, Sciarrino s’interroge sur la manière dont, par des actes de synergie, les organismes simples communiquent entre eux, engendrant de nouveaux schémas d’intelligence partagée et de changements symbiotiques en constante évolution. Cet enchevêtrement dynamique se poursuit dans sa série Swan (2021, 2025), où différentes pierres sont sculptées pour évoquer des organismes, des graines ou des spores. Les tandems sont imbriqués l’un dans l’autre, symbolisant la communication, le soin et le mutualisme.

    clutch, la plus récente addition de Sciarrino à Swan, sculpte l’albâtre en forme d’œuf de requin, surnommé « bourse de sirène »,  et le positionne enlacé à la partie d’une vivace communément appelée « bourse de berger ». Chaque « bourse» contient des cellules d’informations distinctes qui, par l’imagination, unissent ici la terre et la mer. Se serrant l’une l’autre, se donnant de petits noms affectueux, la distance est-elle si grande entre la paume et l’écorce ?

    — Clara May Puton

Photos par Atlas documentation